“Uberisation” des services à la personne. Entre risque et opportunité (1/2)

« Le ménage à domicile bouleversé par l’arrivée de nouveaux acteurs qui cassent les prix », titrait le Figaro le 16 octobre 2014, après que plusieurs entreprises se soient lancées en France dans la mise en relation entre particuliers et aide-ménagers autoentrepreneurs. Un modèle économique qui permet à ces nouveaux venus de casser les prix. Alors que le tarif d’une heure de ménage à domicile se situe aux environs de 20 euros dans les agences traditionnelles avant déduction fiscale, Helpling affiche un tarif de 17,90 euros (pour une prestation ponctuelle), Hassle 15,90 euros et Homejoy 18,90 euros. Ces sites prélèvent une commission de près 20% en moyenne sur la rémunération des aides-ménagers.

En plus de prétendre lutter contre travail au noir, qui représente 40% du secteur, ces nouveaux venus affichent également leur volonté d’offrir une couverture sociale, même minimale, à des personnes qui en étaient jusque là dépourvues, dans un secteur qui pourtant peine déjà à recruter du personnel. Acteurs traditionnels ou « simple » intermédiaires, chacun redouble d’effort pour trouver l’aide-ménager qui correspond le mieux aux exigences des clients. Mais tous deux ne jouent pas à armes égales. En effet, salarier du personnel ou faire appel à des indépendants à la demande exige un niveau d’engagement nécessairement différent, et cela peut avoir un impact sur la qualité de services. Comme le souligne L’Observatoire Société et Consommation, côté consommateur, c’est l’opportunité de bénéficier de services certes moins cher, mais « le service délivré n’est pas le même que celui des agences de nettoyage traditionnelles. Il comporte une part d’aventure, d’aléas, comparable à la différence entre un séjour chez un particulier via AirBnB et une nuit dans un hôtel classique ». Au client de faire son choix.

Après plus de 6 mois de présence, la voix cinglante des clients n’a pas tardé à se faire entendre sur les forums. Bien sûr, il existe des clients heureux et ces derniers ne sont pas les plus actifs sur le web. Il ne s’agit pas là de dresser un tableau noir des acteurs tels que Helpling ou Hassle ou de faire une liste à la Prévert des plaintes, mais de confirmer si besoin en était, que non seulement la part d’aventure et d’aléas existe bel et bien et qu’un prix réduit nécessite d’accepter également un niveau d’exigence moindre. Certaines des objections et plaintes formulées étaient d’ailleurs prévisibles, tant elle est intrinsèque au modèle économique. Il est en effet impossible de garantir au client au moment de sa commande, qu’un prestataire est disponible et qu’il se rendra sur les lieux de la prestation au jour et à l’heure souhaités. Un autre point reproché à ces intermédiaires est l’absence de sécurité ou de garantie en cas de litiges avec le prestataire car en tant qu’intermédiaire, ces acteurs du web, ne portent aucune responsabilité contrairement aux sociétés qui ont pignon sur rue.

Ceci étant dit, le client n’est pas le seul à devoir faire un choix. Travailler en tant que salarié ou prestataire pose de véritables questions et en la matière mieux vaut être bien informé. Les demandeurs d’emploi ne sont pas tous au fait de toutes les problématiques juridiques qui peuvent se poser, ni des droits qui sont les leurs, comme celui à une protection sociale.
En mode prestataire nous pourrions être attirés par de revenues plus élevés, mais la comparaison entre banane et carotte n’est pas aisé. Nous avons donc réalisé un tableau de synthèse permettant de mettre en regard les points qui nous semblent essentiels en matières salariale et sociale.

Intermédiaire Prestation ponctuelleIntermédiaire Prestation récurrenteSalarié
Coût horaire prestation pour le client17,90 €15,90 €20,00 €
Commission de l’intermédiaire-20%-20%N/A
Charges et impôts 26%-26%-26%N/A
Salaire net horaire10,60 €9,40 €8 €*
Congés payésnonnon+10%
Frais de déplacementnonnonoui
Paiement du temps de trajetnonnonoui**
Complémentaires santénonnonoui
Allocation chômagenonnonoui
Couverture sociale***limitéelimitéeoui

(*) Moyenne constatée en IDF sur un panel de 850 salariés sur plus de 50 sociétés
(**) Dans les conditions de la CCNSAP
(***) source : http://www.apce.com/apce3/auto-entrepreneur/index.php?&rub=&rubID=2

Il n’existe pas de réponse toute faite. Tout est encore question de choix et de gestion des risques, car même si le salaire semble plus important en tant qu’auto-entrepreneur, le mode salarial peut s’avérer plus avantageux (congés payés, frais de déplacement, prise en compte de certain temps de trajet…) ou du moins, plus sécurisant. A chacun de faire son calcul. La liberté d’entreprendre à certes un prix et peut être une source réelle de gains à condition de justifier d’un volume d’activité conséquent, ou il est bien sure possible de travailler pour des intermédiaires en complément d’une activité salariale.

« L’ubérisation » (ou « plateformisation ») de l’économie s’apprête à bouleverser de très nombreux secteurs d’activité. Les services à la personne ne seront pas épargnés par ce phénomène, qui a déjà commencé à faire son oeuvre. Mais derrière ces risques peuvent se cacher également un océan d’opportunités …